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Couple Oswalt, bataille perdue pour leur bébé mort à la maternité

C’était il y a sept ans, Eva Oswalt est morte à la maternité à l'âge de trois jours dans de mystérieuses conditions...

Elle parle vite. Comme si elle répétait encore une histoire que personne n'avait voulu entendre. Julie Oswalt a 34 ans, elle vit et travaille à l’Empire Liberty Building. «Eva aurais eu 7 ans aujourd’hui», souffle-t-elle. C'était son premier enfant, décédé trois jours après sa naissance dans «des circonstances inexpliquées» à la maternité de l’hôpital de Rockford, à Stauton Island. Le rapport d'autopsie a conclu à un traumatisme crânien. Quelqu'un a sûrement fait tomber le bébé. Et elle en est morte. Les parents ont porté plainte pour homicide involontaire.
Après huit ans de bataille judiciaire, un arrêt de la cour d'appel de Stauton du 17 juillet dernier a conforté le juge d'instruction dans sa décision de fermer le dossier. Un pas significatif vers le non-lieu. Julie Oswalt s'indigne :

Nous faisions confiance à la justice. Mais visiblement, un nouveau-né peut être tué dans une maternité renommée sans que personne ne soit inquiété.

L'hôpital de Rockford.

Tout commence un jeudi de janvier, quand Julie perd les eaux. Elle accouche sans complication. Le lendemain, au matin du 9 janvier 1999, Eva voit le jour. Elle pèse 4,046 kg et «obtient 9 sur 10 au premier test d'Apgar», dit sa mère. Son dossier médical confirme qu'elle est en parfaite santé. De retour dans la chambre et assommée par la péridurale. Julie appelle vers 15 heures «pour que quelqu'un donne le biberon à Eva et la change». Son compagnon, Henry, est sorti fumer une cigarette. Une aide-soignante passe chercher le nourrisson, puis revient et pose l'enfant dans son berceau. Henry rentre à son tour dans la chambre :

On a remarqué que son bonnet était si serré sur sa tête qu'elle était toute rouge. On le lui a un peu desserré, mais deux heures plus tard elle est devenue violette. On a appelé à l'aide.

Il est 16 heures. La même aide-soignante arrive immédiatement et «repart avec le bébé sous le bras», raconte Julie.

Julie et Henry Oswalt.

Les parents de Julie, la sœur d’Henry, venus en visite, sentent aussitôt que quelque chose cloche. Henry et sa sœur suivent l'aide-soignante qui se dirigeait vers le service de réanimation. « Ils l'ont réanimée puis passée en soins intensifs. Ils disaient qu'ils ne savaient pas ce qu'elle avait. » Après une batterie de tests, le diagnostic tombe : «hématome sous-dural temporal droit». Eva a une hémorragie interne. Rarissime.

« Ils ont tout fait pour faire croire que c'était naturel », accuse le père d’Eva. Il arrive en effet que des lésions apparaissent dans le crâne des nouveau-nés, ce que l'on appelle « hématome spontané du nouveau-né à terme » Mais en plus d'être rarissime, cette pathologie n'a jamais provoqué la mort. D'ailleurs, cette option a été balayée par les experts lors de l'instruction.

« Au bout de trois jours, ils nous ont dit qu'ils étaient en train de la perdre. Elle était débranchée et on a pu la prendre dans les bras », raconte Henry. Il regarde ailleurs, fronce les sourcils. « C'est là qu'elle est morte, juste dans mes bras. » Il n'y a plus de colère, mais une immense tristesse. Et la lassitude de ceux qui se débattent pour trouver la vérité.
Immédiatement après le décès de leur fille, les parents portent plainte contre X. Ils veulent comprendre. La direction des affaires juridiques de l'Assistance publique des hôpitaux aussi. Elle commande une enquête médicale, diligentée par le professeur Kantar : le praticien conclut à un décès pour cause « d'hématome intracrânien d'étiologie inconnue », « la responsabilité ne saurait être engagée ». De son côté, la justice est lente, paralytique. Aucun membre de l'hôpital n'est mis en garde à vue. Au fil des années, médecins et infirmières sont interrogés à titre de témoins. Personne ne sait rien. Personne n'a rien vu. Une des pédiatres refuse même de parler au juge, opposant le secret médical.

Le professeur Kantar.

Interrogée à deux reprises, l'aide-soignante suspectée nie tout en bloc : elle n'a pas fait tomber l'enfant, n'a pas touché à son bonnet, tout allait bien quand elle l'a quittée. Pour expliquer comment elle a pu répondre si promptement à l'appel à l'aide des parents, elle affirme qu'elle se trouvait par hasard juste derrière la porte. De rapports médicaux en expertise et contre-expertise, un flot de termes techniques et de jargon médical vient finalement confirmer en novembre 2005 que « l'hypothèse la plus vraisemblable est celle d'une chute de l'enfant des bras d'une personne ou des genoux de quelqu'un d'assis, d'une table à langer ou d'un berceau ».
M John Houston, l'avocat des parents d’Eva, ne s'explique pas la décision des juges de ne pas poursuivre : « Dans une société comme la nôtre, médicalisée, avec un tel discours sur la sécurité, tolérer qu'un enfant ait le crâne fracassé dans une maternité et que le dossier soit refermé relève de l'aberration. C'est la vérité et la décence qui sont mises en échec dans cette affaire. » Aujourd'hui privés de tout recours au pénal, le couple attend les résultats de la procédure administrative lancée en 2003. Julie enrage. « Ils ne peuvent pas s'en sortir comme ça. S'ils ferment l'enquête, il faut que tout le monde sache ce qui s'est passé à Rockford. »

John houston, devant le tribunal de Liberty.

Ses yeux bleus se mouillent, mais elle ravale ses larmes.

Après ça, pendant des mois, vous ne pouvez pas supporter de voir des enfants. Et puis ensuite c'est l'inverse. Vous cherchez désespérément leur compagnie. Le ventre rond vous manque, et vous avez l'impression qu'on vous a arraché un membre.

Henry et Julie ont eu deux autres enfants. Brayan est né tout juste un an après la mort d’Eva. Pour la première fois son visage s'éclaire : « Mon fils a 6 ans. Il sait qu'il a eu une grande sœur. » Le petit garçon est pleinement conscient de la détresse de ses parents. Du fantôme de cette sœur. « Samedi dernier, on allait sur Wichita Gardens en voiture, raconte Henry et il y a eu une pub avec une petite fille à la radio, Mon fils m'a regardé et m'a dit "Papa, je sais à qui tu penses". »
La directrice de l'hôpital que nous avons interrogé, a renvoyé vers la direction des affaires juridiques et familiales de Liberty City. Et là, le service de communication se contente d'affirmer : « Si le juge d'instruction rend une ordonnance de non-lieu, nous ne pouvons commenter une décision de justice. »